Nom de naissance : Frances Abigail Olufunmilayo Thomas
Nom d’usage : Funmilayo Ransome-Kuti
Date et lieu de naissance : 25 octobre 1900 à Abeokuta, Nigeria
Date et lieu de mort : 13 avril 1978 à Lagos, Nigeria
Professions : Enseignante, militante politique, féministe, défenseure des droits des femmes, nationaliste et activiste sociale.
Éducatrice, militante politique et défenseure des droits des femmes, Funmilayo Ransome-Kuti a consacré une grande partie de sa vie à lutter contre les injustices faites aux femmes nigérianes. À travers ses organisations et ses manifestations, elle est devenue l’une des grandes figures de l’histoire politique du Nigeria et une pionnière de la défense des droits des femmes en Afrique.
Née le 25 octobre 1900 à Abeokuta, dans l’actuel État d’Ogun, au Nigeria, son nom de naissance est Frances Abigail Olufunmilayo Thomas. À une époque où l’éducation des filles reste limitée, elle fut partie des premières jeunes filles admises à l’Abeokuta Grammar School. Elle poursuit ensuite ses études en Angleterre avant de retourner au Nigeria en 1922, où elle devient enseignante. Elle comprend rapidement que l’éducation peut être un outil puissant pour améliorer la condition des femmes. Elle organise notamment des cours d’alphabétisation destinés aux femmes qui n’ont pas eu la possibilité d’aller à l’école et participe également à la création d’activités destinées à favoriser leur autonomie. Dans les années 1930, Funmilayo Ransome-Kuti commence à organiser « les femmes d’Abeokuta ».
Son organisation évolue progressivement. En 1946, elle devient officiellement l’Abeokuta Women’s Union (AWU), une association qui rassemble des femmes de différentes classes sociales, notamment des femmes instruites et des commerçantes des marchés. L’objectif ne se limitant pas seulement à l’éducation, l’organisation défend désormais les droits économiques, sociaux et politiques des femmes. À cette époque, les femmes d’Abeokuta sont confrontées à différentes mesures fiscales et économiques qu’elles considèrent comme injustes.
L’un des épisodes les plus marquants de sa vie est la mobilisation des femmes d’Abeokuta contre les taxes et les pratiques administratives qu’elles jugent injustes. Funmilayo Ransome-Kuti organise alors des pétitions, des manifestations et des actions collectives. Des milliers de femmes participent aux protestations, notamment devant le palais de l’Alake, le souverain traditionnel d’Abeokuta. Le mouvement prend une telle ampleur qu’il devient difficile pour les autorités de l’ignorer. En 1949, le souverain Ademola II abdique temporairement dans le contexte de cette crise. La mobilisation contribue à la suppression de la taxe spécifique imposée aux femmes. Cette victoire fait de Funmilayo Ransome-Kuti une figure nationale. Elle reçoit notamment le surnom de « Lionne de Lisabi », en référence à Lisabi, héros historique du peuple Egba. Funmilayo Ransome-Kuti s’engage également dans le mouvement nationaliste qui lutte pour l’indépendance du Nigeria. Elle participe à des discussions et à des délégations consacrées à l’avenir politique du pays.
Elle défend surtout une idée essentielle : les femmes doivent participer pleinement à la vie politique de leur pays. Elle milite ainsi pour le droit de vote des femmes et pour leur représentation dans les institutions. Elle contribue également à la création d’organisations nationales de femmes, notamment la Nigerian Women’s Union, puis la Federation of Nigerian Women’s Societies. En 1953, elle devient vice-présidente de la Women’s International Democratic Federation.
Son engagement international attire cependant la méfiance des autorités britanniques pendant la période de la guerre froide. Son passeport britannique n’est pas renouvelé en 1957 et les États-Unis lui refusent un visa en 1958, les autorités évoquant notamment ses liens supposés avec des milieux communistes. Funmilayo Ransome-Kuti est également connue pour être la mère du célèbre musicien et militant nigérian Fela Anikulapo-Kuti. Elle est aussi la mère d’Olikoye Ransome-Kuti, médecin et ancien ministre de la Santé du Nigeria, ainsi que de Beko Ransome-Kuti, médecin et défenseur des droits humains.
En février 1977, des soldats attaquent le domicile de son fils Fela Kuti, connu sous le nom de Kalakuta Republic. Funmilayo, alors âgée de 77 ans, est grièvement blessée lors de cette attaque après avoir été jetée d’une fenêtre du deuxième étage. Elle tombe dans le coma et meurt le 13 avril 1978, à Lagos.
Funmilayo Ransome-Kuti a laissé derrière elle un héritage qui dépasse largement le Nigeria. Elle a montré que les femmes pouvaient s’organiser, défendre leurs intérêts et influencer directement les décisions politiques. Son parcours rappelle également que les luttes pour les droits des femmes en Afrique ne sont pas récentes. Bien avant les mouvements féministes contemporains, des femmes comme Funmilayo Ransome-Kuti se battaient déjà pour l’éducation, la représentation politique, la justice économique et l’émancipation des femmes.
Elle reçoit notamment le prix Lénine pour la paix en 1970 et est décorée de l’Order of the Niger pour son engagement.

