Qu’est-ce que le harcèlement ?
Le harcèlement sexuel est le fait d’abuser de son autorité en demandant des faveurs sexuelles à un ou une de ses subordonnés, tout en essayant d’avoir satisfaction par la contrainte ou la pression. Il peut se manifester sous diverses formes. Il y a la forme verbale avec les surnoms sexuels, les commentaires sur la taille et la forme de la personne harcelée et les demandes incessantes.
Il y a également les formes physique et visuelle qui s’illustrent par le fait de mimer l’acte sexuel avec les mains ou avec la bouche, de s’agripper à la personne harcelée, de pincer ses parties intimes, de lui envoyer des entremetteurs ou des messages écrits, téléphoniques, de proférer des intimidations, des menaces, des promesses d’argent ou de services à rendre sans que l’autre ne les sollicite.
Puis, il y a les formes auditives avec les bruits et les sifflements.
Ce phénomène touche autant les femmes que les hommes, malgré un nombre plus important pour les femmes. Le harcèlement sexuel a lieu dans plusieurs milieux. Nous nous attarderons sur ceux scolaire et professionnel. L’école est l’un des milieux dans lesquels le harcèlement sexuel a pris de l’ampleur ces dernières années.
Selon la législation béninoise, constitue un harcèlement sexuel en milieu scolaire, le fait d’user de façon répétée d’ordres de menaces, de contraintes, de paroles, de gestes, d’écrits, d’appels ou de messages téléphoniques ou tout autre moyen dans le but d’obtenir d’un(e) apprenant(e) ou d’un(e) éducateur(trice), contre son gré, des relations de nature sexuelle pouvant porter atteinte à sa dignité ou à son intégrité physique ou psychique.
Dans les établissements scolaires, l’élève, lorsqu’elle refuse les avances du supérieur, fait automatiquement objet de dénigrements publics, de punitions régulières et injustifiées, d’interrogations orales répétées et de commentaires grossiers.
L’éducateur peut même lui attribuer des notes fantaisistes et lui proposer des rendez-vous répétés en vue de l’amadouer. Il peut également se laisser aller à des attouchements, ainsi qu’à des propos et gestes déplacés.
Au Bénin, les statistiques ont révélé que 53% des élèves du primaire et du secondaire ont déclaré avoir été témoins ou victimes d’attouchements inappropriés, de pressions ou de blagues à connotation sexuelle. Parmi ceux-ci, 17% ont subi contre leur gré des attouchements aux parties intimes du corps. En 2013, le pays a enregistré 11 384 cas de violence basée sur le genre, dont 342 cas de harcèlement sexuel. Ce qui fait environs 29 cas de harcèlement par mois.
Dans le milieu professionnel, le harcèlement sexuel se manifeste là aussi de diverses manières. Comme dans les lieux d’enseignement, il est physique, verbal et non verbal. La plupart du temps, il vient de l’employeur qui propose des avantages professionnels tels qu’une augmentation salariale, une promotion, voire même un maintien de l’emploi contre des relations sexuelles. En cas de refus, la victime se retrouve automatiquement dans des conditions de travail très hostiles où elle est l’objet d’intimidation ou d’humiliation devant ses collègues. Que ce soit dans les établissements scolaires ou dans les sociétés professionnelles, les victimes ont du mal à dénoncer les faits de harcèlement sexuel.
En février 2007, une enquête publiée à Hong Kong a révélé que près de 25% des travailleurs interrogés (dont un tiers d’hommes) ont subi un harcèlement sexuel. Parmi ceux-ci, seulement 6,6% des hommes ont fait connaître leurs griefs par crainte du ridicule. Le pourcentage de dénonciation chez les femmes est de 20%. Selon un rapport établi en 2004 en Italie, 55,4% de femmes âgées de 14 à 59 ans auraient été victimes de harcèlement sexuel. Une travailleuse sur trois est l’objet d’intimidations d’ordre sexuel en échange d’une promotion et 65% d’un chantage par semaine et par le même auteur, en général un collègue ou un supérieur hiérarchique. 55,6% de ces femmes victimes sont ensuite licenciées.
Dans la même année, une enquête réalisée par la Commission australienne sur l’égalité des chances a révélé que 18% des personnes interrogées ayant entre 18 et 64 ans ont avoué qu’elles avaient été l’objet de harcèlement sexuel sur leurs lieux de travail. 62% de ces dernières auraient subi un harcèlement physique et moins de 37% avaient évoqué des violences sexuelles.
Le 1er mai 2020, la journaliste béninoise, Angela Kpeidja, en service à la télévision nationale, dénonçait sur son compte Facebook, le harcèlement sexuel dont elle a été victime dans son lieu de travail pendant de nombreuses années. Elle a d’ailleurs écrit un livre intitulé Bris de Silence dans lequel elle relate les cas de harcèlement dont elle a fait l’objet à l’université l’ORTB. D’autres journalistes, particulièrement des femmes, lui ont emboîté le pas pour dénoncer ces actes qui étaient tus dans la presse béninoise.
Le harcèlement sexuel présente plusieurs conséquences pour les victimes. Pour les élèves, il y a la perte de concentration à l’école, la baisse de rendement scolaire, des échecs répétés, la déperdition scolaire, le changement fréquent d’établissement, de filières, le manque de considération envers l’enseignement et le dégoût pour le travail. Ces actes criminels amènent ces dernières à abandonner les cours et par conséquent leurs rêves.
En ce qui concerne celles qui travaillent, elles se voient dans l’obligation de démissionner ou d’abandonner leurs carrières pour se reconvertir. Dans l’un ou l’autre cas, les victimes subissent un traumatisme effrayant. Elles peuvent commencer par ressentir de la honte, la timidité, la perte de confiance, l’injustice, la culpabilité, le repli sur soi, l’antipathie pour les hommes, une grande émotivité, une peur constante, une perte d’appétit, une dépression nerveuse et bien d’autres sensations désagréables.
Par ailleurs, plusieurs nations ont adopté des dispositions législatives pour combattre ce fléau.
Il y a entre autres le code pénal en Inde et en Tanzanie, le code du travail au Chili et en Thaïlande, les lois interdisant le harcèlement sexuel au Brésil, aux Philippines et en Israël, les lois sur l’égalité et la discrimination sexuelle au Japon et en Afrique du Sud, la législation nationale sur les droits de l’homme au Canada, aux îles Fidji et en Nouvelle-Zélande, ainsi que les lois sur l’environnement concernant des conditions de travail sûres aux Pays-Bas.
Au Bénin, il y a eu la loi No2021-11 du 20 décembre 2021 portant des dispositions spéciales de répressions des infractions commises à raison du sexe des personnes et de protection de la femme en République du Bénin qui interdit toute liaison amoureuse entre un enseignant et une apprenante et vient accroître les sanctions pénales en cas de harcèlement sexuel.
Le harcèlement sexuel est un acte horrible qui blesse l’intégrité et la dignité de la femme ou de la jeune fille. Si certains pensent que les femmes y sont pour quelque chose, notamment à travers leur style vestimentaire, il n’en est rien du tout. Ce crime résulte plutôt de l’irresponsabilité des pères de famille et des jeunes hommes qui s’y adonnent en abusant de leur autorité, ainsi que de leur incapacité à contrôler leurs pulsions.
Ces pervers préfèrent se concentrer sur des innocentes et vulnérables que sur leur devoir. Les autorités des différents pays, dans la suite logique de l’arsenal juridique instauré pour lutter contre ce phénomène, doivent être sans merci face à ces tueurs de rêves et punir rigoureusement.

