La polygamie dans le monde

Qu’est-ce que la polygamie ?

La polygamie désigne un régime matrimonial dans lequel un individu est lié à deux ou plusieurs conjoints. Les formes de polygamie les plus connues sont la polygynie et la polyandrie. Dans le premier cas, il s’agit de l’union entre un homme et plusieurs femmes. Le second concerne le mariage entre une femme et plusieurs hommes. La polygynie, plus répandue, est souvent désignée, par abus de langage, comme polygamie.

La polygamie existe dans le monde entier et tire ses origines des principes religieux et traditionnels. Certains musulmans se fondent par exemple sur le verset 3 de la Sourate An-Nisa’ (Les Femmes) du Coran pour justifier leur situation de polygame. Elle dit en effet : « […] Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela, afin de ne pas faire d’injustice (ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille) ». Ce qui explique la forte présence de cette union dans les pays à majorité musulmans.

Toutefois, il ne faut pas attribuer la polygamie seulement à l’islam, qui d’ailleurs ne l’encourage pas. De nombreux pays, africains surtout, ont légalisé cette pratique. C’est le cas notamment de la République Démocratique du Congo, de la Centrafrique, du Gabon et du Cameroun.

Le roi d’eSwatini (Ex Swaziland) comptait 13 épouses en 2018. Pourtant, 88% de la population de son pays est chrétienne.

En Afrique, plusieurs peuples justifient la polygamie comme la perpétuation et la pérennisation de leurs valeurs culturelles.

Selon eux, les ancêtres étaient habitués à prendre plus d’une femme, d’abord pour perpétuer leurs noms, ensuite pour enrichir leurs clans.

L’observation simple de cette tendance montre pourtant que,  la plupart du temps, il s’agissait des riches et nantis qui tenaient une place dans leur société. Être polygame était donc une fierté pour ces derniers qui n’hésitaient pas à exhiber leurs richesses, leurs épouses et leur pouvoir. Il faut néanmoins nuancer ce propos, en ce sens que la polygamie masculine ne générait pas toujours richesses et bien-être pour celui qui la choisissait.

Bon nombre de foyers polygames en Afrique vivaient dans le dénuement total et les cours devenaient des théâtres d’affrontements, d’inimitié et de jalousie certaine. Même si, de nos jours, le nombre de couples polygames, ou plutôt polygéniques, a considérablement diminué, l’union continue de faire des adeptes, aussi bien chez les hommes que chez les femmes qui choisissent d’épouser un homme déjà marié à une ou plusieurs autres compagnes.

Au Burkina Faso, les foyers polygames touchaient 42,4 % de la population en 2010 contre 54,7 % en 1998. En Guinée, le taux a chuté de 53,1 % en 2005 à 47,9 % en 2012. Il a également connu une régression de 38,1 % en 2002 à 35,2% en 2013 au Sénégal. Pour une moyenne globale, les hommes polygames représentent 23,1 % contre 44 % de femmes engagées dans la même union.

Cette baisse s’explique notamment par les nouvelles interprétations de l’impact de la polygamie dans la société et surtout par les nombreux problèmes qu’elle génère.

Revenons à la polygynie préconisée par l’islam. Il faut préciser que la plupart des musulmans font une mauvaise interprétation du verset 3 de la Sourate An-Nisa’ (Les Femmes) du Coran. En effet, l’islam, même si elle n’interdit pas la polygamie, ne l’impose pas non plus en tant que règle de la Charia comme certains veulent nous le faire croire.

Ce passage du livre autorise plutôt la polygamie sous certaines conditions très strictes qui renvoient même à une rigueur. L’extrait « […] mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule […] » le montre si bien tant il est quasiment impossible pour un homme d’être juste envers deux, trois, voire quatre femmes.

Cheikh Ahmed al-Tayeb, le grand imam de l’institution de l’islam sunnite qui siège au Caire en Égypte, déclarait même en 2019 que « la polygamie est souvent une injustice envers la femme et des enfants ». Il affirme qu’elle résulte d’une « incompréhension du Coran et de la tradition du Prophète » et ajoute que « s’il n’y a pas équité, il est interdit d’avoir de multiples épouses ».

Certains pays islamiques ayant enfin compris cela ont d’ailleurs interdit la polygynie sur leur territoire. C’est le cas de la Turquie en 1926 et de la Tunisie en 1957. En 2017, l’Émir de Kano, état et sultanat situé au nord du Nigéria, Muhammadu Sanusi II a émis la volonté d’introduire une loi qui interdirait aux hommes pauvres de prendre plus d’une femme. 

Même son de cloche du côté du président Mohamed Bazoumdu Niger qui déplore une polygamie irresponsable, bafouant la dignité de la femme nigérienne et ternit l’image du pays. « Je connais de très nombreuses personnes qui n’ont pas un revenu, qui n’ont pas de quoi vivre, qui vivent au jour le jour, mais qui ont plusieurs femmes, qui font plusieurs enfants. Et l’ aberration, vous voyez là où ça nous conduis, c’est qu’à un moment donné, tu te maries à une femme et tu lui dis “va mendier en Algérie, va mendier au Sénégal”. Est-ce une bonne façon de traiter une femme ? », s’est désolé le Chef d’État nigérien.

D’autres nations ont également interdit la polygamie et imposé la monogamie comme régime matrimonial dans leur code civil. Il s’agit du Bénin, du Cap Vert, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, et du Nigeria. Malgré ce cadre supposé légal, la pratique reste néanmoins répandue dans ces pays car beaucoup de personnes se marient sur la base du régime coutumier reconnu par le droit civil.

Les organisations internationales, dont l’ONU, reconnaissent la polygamie comme une violation des droits de la femme et de l’égalité. La Commission des droits humains et le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes pensent que les mariages polygames constituent une discrimination vis-à-vis des femmes et recommandent leur interdiction.

La polygynie est un régime matrimonial qui, la plupart du temps, fait entrave à la paix et la tranquillité d’esprit de tous ceux qui vivent dans cette union, quel que soit le genre. Elle n’encourage pas l’épanouissement des enfants, la maison étant source de conflits tous les jours. La polygynie a un impact négatif sur les finances du couple et principalement de l’homme qui voit ses charges augmenter au fur et à mesure qu’il accumule les femmes. 

Il faut tout de même laisser le choix à la femme de décider de rester dans un foyer polygame et ne pas lui imposer une co-épouse sans l’avoir avisée au préalable.

Les gouvernements, conscients des effets de la polygamie sur la société, devraient élargir le champ d’application des lois contenues dans le Code civil ou le code des personnes et de la famille du régime coutumier.

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