Le lévirat dans les sociétés africaines

Qu’est-ce que le lévirat ?

Le lévirat est une forme d’union qui consiste à donner en mariage l’épouse d’un défunt à l’un de ses frères, ou même à l’un de ses fils aînés nés d’un mariage antérieur. C’est une pratique antique exercée autrefois par les Egyptiens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Hébreux et les Xion-gnu. Il est souvent combiné avec la polygamie.

En Afrique, il est pratiqué dans plusieurs pays comme le Bénin, le Burkina-Faso, le Sénégal, la Guinée ou encore le Togo, le Tchad, le Cameroun ou le Congo pour ne citer que ceux-là.

Dans certaines sociétés de Kέdura (Afrique), lorsqu’un homme décède, c’est sa famille qui s’occupe de la gestion de ses biens. La veuve étant considérée comme faisant partie de l’héritage du défunt, elle est placée sous l’autorité de sa belle-famille, plus précisément des hommes et des matriarches.

Ce sont les premiers qui décident de son avenir après le décès de son époux et lui choisissent un nouveau mari parmi les frères ou les fils aînés de ce dernier. Dans la plupart des cas, l’homme imposé par la belle-famille est déjà marié. Les enfants issus de ce second mariage ont le même statut que ceux de la femme avec le défunt et portent même son nom. Pour certaines familles, cette pratique permet à la belle-famille de ne pas perdre la dot offerte à la famille de la femme.

En cas de refus de la femme de céder à cette obligation, elle est chassée de la maison conjugale et perd son statut de mère puisque ses enfants lui sont retirés. Tous les biens laissés par son époux sont confisqués par sa belle-famille et elle est donc livrée à elle-même. L’infortune de la veuve rétive est d’autant plus grande que même sa propre famille, adepte du lévirat, refuse de l’accueillir et la rejette.

Certaines veuves, au fils des époques, ont su faire preuve d’astuce en s’enfuyant avec leurs enfants, déterminées à ne pas consentir à ces unions imposées. Le lévirat est tellement ancré dans les esprits qu’il a donné lieu à tout un système d’oppression de la part des hommes qui convoitent les épouses de leurs frères et n’hésitent pas à recourir aux moyens coercitifs, voire mystiques, pour parvenir à leurs fins.

Certaines veuves affirment ainsi, que la mort de leurs époux ne serait pas naturelle*. Elles accusent les frères de leurs partenaires ou leurs beaux-fils de convoitise et d’être responsables du décès de leurs maris dans le but de les récupérer en se fondant sur la pratique du lévirat. Il y a aussi ces hommes qui, derrière l’idée de prendre soin de la femme de leur défunt frère, ont des vues sur les biens de ce dernier.

*D’après les témoignages recueillis par le site osibouake.org.

Et pour s’en accaparer, il faut nécessairement passer par l’union avec sa veuve. Le lévirat est décrié par plusieurs personnes et en particulier par les femmes. Il est considéré comme une pratique passéiste et constitue un frein à l’expression des droits de la femme. Malgré son interdiction au Bénin le 17 juin 2004, il demeure présent dans plusieurs localités du pays. 

Au Cameroun, le modernisme et le recul des traditions ont considérablement amoindri la pratique qui survit de manière marginale dans les villages reculés et dans certaines ethnies. D’autres pays tendent également à accorder plus de liberté à la femme veuve autrefois spoliée et mariée de force à un autre membre de la famille.

L’organisation des campagnes de sensibilisation par des associations de défense des droits des femmes, surtout auprès des populations analphabètes, fait partie de ce processus de protection de la femme. Au Sénégal, les veuves sont prises en charge par l’Association pour la promotion de la femme sénégalaise (Aprofes) qui les informe sur les voies dont elles disposent pour « se libérer » des contraintes du lévirat.

La pratique est également dénoncée par les associations féministes qui fondent leur combat sur la protection des droits des femmes, lutte qu’elles associent au risque bien réel de transmission des IST et du VIH/SIDA, deux affections grandement favorisées par le lévirat, surtout lorsqu’il est pratiqué dans les sociétés polygames.

Pratique archaïque, le lévirat concourt à la marginalisation de la femme. Celle-ci n’a cessé, dans la majorité des sociétés, d’être réduite à des fonctions peu honorables où on ne lui reconnaît aucune liberté, aucun pouvoir. Encore considérée de nos jours et dans plusieurs traditions religieuses comme uniquement bonne à pérenniser le nom de son époux et à élever ses enfants, elle n’a pas d’autre fonction que celle d’une marchandise acquise après le versement d’une dot, dans le meilleur des cas. Elle est une « chose » dont le mari peut disposer à sa guise et plus tard, dans le cadre du lévirat, elle devient la propriété du frère ou du fils aîné de l’époux décédé.

Pourtant, une femme, après le décès de son mari, doit être libre de décider de son avenir et surtout de choisir l’homme avec lequel elle souhaite refaire sa vie. Fort heureusement, nous pouvons nous réjouir des mesures prises par bon nombre de gouvernements pour donner à la femme les mêmes droits que l’homme dans la prise des décisions qui la concernent, ainsi que ses enfants.

Tout n’est pas encore parfait mais nous avons espoir qu’un jour, partout dans le monde, le fait d’être une femme, une divorcée, une veuve ou une célibataire « âgée » ne sera plus perçu comme une tare ou un crime à réprimer par les règles phallocrates des hommes.
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