Qu’est-ce que la dépigmentation ?
La dépigmentation est l’éclaircissement de la peau grâce à l’usage de produits chimiques. Il existe trois formes de dépigmentation : la forme cutanée, la forme buccale et la forme intraveineuse.
La forme cutanée consiste à appliquer sur la peau des produits de beauté comme la crème, le lait de corps, le savon et bien d’autres compositions.
Quant à la forme intraveineuse, elle fait appel à des injections de produits contenant des corticoïdes. Cette pratique existe un peu partout dans le monde mais elle est beaucoup plus présente en Afrique et en Asie. Attardons-nous sur le premier continent.
En 2011, les statistiques établies par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans son rapport sur la santé publique et l’environnement ont révélé que 40% des Africaines se blanchissaient la peau. Ce chiffre est plus élevé dans certains pays comme le Nigéria (77%) et le Togo (59%). En revanche, il l’est moins dans certains États comme l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Mali dans lesquels les femmes se dépigmentent respectivement à hauteur de 35%, 27% et 25%.
Les crèmes d’éclaircissement de la peau sont également appliquées par des parents sur leurs enfants. Ce qui est un comble et une négation ahurissante de ses propres gènes. La dépigmentation a plusieurs origines : des causes pernicieuses nées d’une idéologie raciste et développées durant les siècles de la traite négrière et de la colonisation avec comme moyen destructeur de communication les religions révélées.

L’Homme noir, dans ces livres supposés saints, est perçu comme une sorte de sous-humain dont la peau sombre est la marque d’une malédiction à conjurer par tous les moyens, notamment en le maintenant au rang d’esclave au service des autres peuples. Il n’est pas surprenant que nourris par des dénigrements qui stigmatisaient leur couleur, la texture de leurs cheveux, l’arête aplatie de leur nez, le tout devant expliquer pourquoi ils étaient peu intelligents, les noirs d’Amérique aient cherché des moyens pour atténuer ce qui à leurs yeux devenait des tares à éradiquer.
Les crèmes défrisantes et les produits éclaircissants sont nées sur ce continent, développées par des Afro-descendants en quête de conformité selon les normes imposées par le maître blanc. Convaincus que le noir à la peau claire était déjà, dans sa présentation, plus proche de l’Homme intelligent, civilisé donc moins négroïde. Croyance naïve et stupide, en réalité.
Ensuite, en Afrique, le phénomène de dépigmentation trouve lui aussi ses racines dans ce même dénigrement de la peau sombre décriée par bon nombre de têtes bien-pensantes d’Europe. Il fallait donc, dans l’imaginaire corrompu du Subsaharien, aspirer à une apparence plus lumineuse, moins sombre pour se rapprocher, une fois de plus, des exigences civilisationnelles du Colon européen.
À cette idéologie raciale qui prive le noir des qualités désormais avérées de la sublime mélanine, s’ajoute un élément particulier étroitement lié aux préférences affectives développées, on sait par quel malin génie, par les hommes africains qui, au fil du temps, vont supposément avoir une inclination pour les femmes noires à la peau claire ! Quel incroyable paradoxe !
Celui-ci est d’autant plus dramatique que le plus beau peuple solaire en viendra, dans un certain nombre de cas, à ériger la peau claire comme la norme socialement valorisée au détriment d’une belle peau noire.
Les panneaux publicitaires et les médias s’emparent de cette morbide préférence pour faire la promotion des crèmes éclaircissantes et soutiennent la logique de consommation des produits cancérigènes, donc de destruction d’un patrimoine génétique unique. Certaines femmes pensent même que le fait d’avoir une peau claire les rendrait plus attractives.
Pour elles, les hommes s’intéressent plus aux femmes claires qu’à celles qui ont eu une peau noire. C’est ainsi que l’Afrique a vécu, pendant des années avec son lot de femmes artificiellement claires et sa clique d’hommes écervelés qui alimentent et entretiennent cette mortelle apparence quand ils ne s’adonnent pas eux-mêmes à cette pratique comme en République Démocratique du Congo.
Et il a fallu ces nombreuses années pour que les conséquences de cette dépigmentation hasardeuse révèlent ses fruits putrides et son lot de maladies mortelles. En effet, les substances chimiques qui entrent dans la composition des produits décapants sont néfastes pour la santé. Parmi celles-ci, il y a le mercure qui provoque des problèmes neurologiques et rénaux. Il y a aussi l’hydroquinone, la cortisone et la vitamine A9, des actifs puissants, souvent combinés à d’ autres comme le collagène pour la fabrication des crèmes et des savons. Ces protéines naturelles comme le collagène alliées à des corps chimiques et appliqués sur la peau, finissent à la longue par créer des problèmes comme l’acné, les vergetures, le cancer de la peau, l’hypertension ou encore le diabète.
Les adeptes de la dépigmentation doivent également faire face à des réactions allergiques ou à des effets indésirables dont les hyperpigmentations ou les dépigmentations non homogènes.
Compte tenu des ravages occasionnés par la dépigmentation, certains gouvernements ont pris des mesures pour empêcher la pratique afin de protéger l’intégrité de leurs populations. Depuis 2006, la République Démocratique du Congo a ainsi interdit les crèmes éclaircissantes, que ce soit la fabrication ou la commercialisation, sur son territoire. La Côte d’Ivoire et le Ghana lui ont emboîté le pas respectivement en 2015 et 2017.
La dépigmentation est un déni des gènes contenant de la mélanine, responsable de nos belles peaux qualifiées de manière erronée de « noires ». Des peaux qui se déclinent pourtant en de nombreuses de teintes allant de la plus sombre à la plus claire naturellement. Il existe en Afrique des hommes et des femmes nés avec des peaux très claires. Pourtant, malgré cette apparence, ils ont en eux plus de mélanine bienfaitrice qu’il n’y paraît.
Se dépigmenter la peau n’est rien d’autre qu’un refus d’acceptation de soi. Lorsque des hommes et des femmes s’acharnent à détruire leur patrimoine génétique, cela revient à une aliénation où seul le désir de se conformer aux standards économiques importés prime. En revanche, quand ce phénomène touche des intellectuels et une certaine élite, nous pouvons parler d’une sévère crise identitaire.
Certaines personnes pensent qu’en s’éclaircissant la peau, elles seront sans doute mieux vues et considérées dans la société. Avoir la peau qualifiée de noire est pour moi une grande bénédiction et une source de fierté. La mélanine définit notre identité et témoigne de notre présence multimillénaire sur cette planète. Vouloir s’en défaire pour des raisons d’esthétique est tout simplement la preuve d’une ignorance fatale sur les bienfaits de la mélanine dans la fortification du génome humain.
Ceux qui, dans l’ombre, tirent les ficelles, afin que le Noir soit considéré comme un Homme inférieur, en sont pleinement conscients. Aujourd’hui, fort heureusement, la tendance s’est inversée et les personnes naturelles affirment leur identité, amenant celles qui ont martyrisé leur peau à rejoindre les rangs de la norme. Des morts, des défigurations irréversibles et des affections parfois intraitables sont autant de faits qui incitent de plus en plus d’Africaines à abandonner le décapage de leur peau.
Le monde dans lequel elles ont vécu où le teint clair était un symbole de réussite et de respect s’est totalement fissuré. Celles qui s’entêtent sont désormais considérées comme des écervelées et même traitées en parias au sein des sociétés qui aspirent de en plus en plus à retrouver leur authenticité dans tous les domaines. Les gouvernements devraient, afin d’accompagner ce grand mouvement du retour à nos valeurs, prendre des mesures adéquates, voire radicales, pour éradiquer ce fléau de leurs territoires respectifs.

